Terne (quelques grammes de dark)

Terne avançait, tête basse, les mains liées devant lui, tenu de chaque côté par ses gardes. Deux hommes du guet qu’il semblait avoir toujours connus. Il était gêné de leur imposer ce chemin. Confus de leur inspirer tant de honte et de dégoût. Affligé de constater qu’en plus, ils devaient davantage le soutenir que simplement le guider.

Il ne s’était plus alimenté depuis cinq jours.

Plus envie.

Plus… besoin ?

Quand le Capitaine était tombé à terre, le ventre couvert de vermeil au niveau d’une grande plaie, alors tout s’était déroulé très vite et comme à travers un brouillard épais. En fait, le dernier souvenir compréhensible qu’il conservait, avant que des bras se saisissent de lui et le traînent de force hors de la chambre, était sa lame qui s’acharnait sur le corps nu de sa victime déjà décédée.

Sa victime…

On l’accusait d’avoir assassiné le fils du duc de Palason.

Plus aucun signe extérieur sur le cadavre ensanglanté n’attestait la nature du lycanthrope dont, sincèrement, Terne avait fait de la charpie.

Ce « crime »-là, aussi naturel qu’il lui parût, il acceptait sans honte de l’endosser. Il savait quel monstre il avait tué.

On lui avait également imputé le meurtre des autres de la brigade.

Là, la tête lui avait tourné.

On l’avait même accusé de l’assassinat de la prostituée.

Là, il avait failli se réveiller !

On le prenait pour le Cannibale de Membres ou quoi !

Pire encore, on avait enchaîné en lui rappelant la boucherie dont il s’était rendu coupable sur le corps d’Arsenal de Hilen, lui, le traître qui avait massacré un jeune noble. Lui qui avait poignardé plusieurs fois dans le dos sa victime, lui avait tranché les mains et lui avait défoncé l’arrière du crâne. Lui, le traître…

Celui qui n’avait même pas hésité à plonger sa rapière dans le bide de son mentor qui avait tenté en vain de l’arrêter.

Noctelis…

Voilà pourquoi il avançait, tête basse, sans plus se débattre, le poids de la culpabilité amenant ses épaules à ployer. Voilà pourquoi, le regard terne, le visage inexpressif à force d’avoir déjà trop pleuré et crié dans sa cellule sordide, il se laissait conduire à l’abattoir.

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