Les héros meurent aussi, Matthew Woodring Stover

Les Héros meurent aussi, de Matthew Woodring Stover
L’Atalante
635 pages, 25 €

Caine est un assassin légendaire d’Autremonde. Comment les habitants de ce monde pourraient-ils s’imaginer qu’il s’agît d’un simple acteur ? Un spécialiste de la pose classe, de la phrase qui fait le buzz et qui ne vit que de l’argent de l’audimat que ses missions audacieuses génèrent ?

Ils sont pourtant plusieurs, ces acteurs terriens qui, connectés à leur machine, plongent dans l’Autremonde à la recherche d’aventures hors norme dans ce monde de pure fantasy, chacun souhaitant attirer l’attention du public. On est ici au-delà d’un simple show de TV realité. Les fidèles spectateurs « oisifs » vivent au fil des missions et des pensées de leur star. Et quelle importance si les actions de ces supers héros fictifs redessinent la politique d’une planète lointaine, si des gens meurent du fait des actes des stars humaines ? Seulement, quand l’actrice qu’aime Caine se retrouve prise dans la tourmente tandis qu’Ankhana, la capitale, vire dans le chaos, l’implication émotionnelle de Caine devient tout autre. Or, quand un magicien d’Autremonde est plus fin analyste que le reste de ses pairs, la situation peut prendre des tournures inattendues.

Avec les Héros meurent aussi, on est en 1998. En 1982, Stefan King écrivait déjà Running Man, un roman où le héro doit éviter d’être tué par le public ou la police, durant le temps imparti. Le personnage s’était inscrit à l’émission afin de payer des médicaments pour sa fille. Pourtant, ces deux romans traitent d’une question toujours d’actualité : l’impact des jeux de télé réalité.
Ici est également repris le thème de la domination d’un monde médiéval par une société plus avancée technologiquement et scientifiquement. Car si la vie des sujets d’Autremonde importent peu, c’est à la fois parce qu’ils vivent loin (comme lorsqu’on regarde les actualités au sujet d’une guerre lointaine) et que ce ne sont que des « sous-développés » à la société violente et primitive.
D’un côté, nous avons donc les terriens, voyeurs confortablement installés chez eux pour frissonner délicieusement aux situations perfides et de complots entretenus pas les acteurs et producteurs ; et de l’autre un peuple dans la tourmente qui tente de survivre dans un monde hostile.

Ce roman se dévore, d’autant que c’est un one-shot. On est dans l’action et l’affrontement, mais aussi dans la prise de conscience des conséquences de nos actes sur autrui. Le scénario est rythmé et bien ficelé.

Le héros Caine (parfait cliché du « badboy » initialement), sa fiancée à la moralité plus appuyée, ainsi que l’un des magiciens d’Autremonde sont les trois personnages clefs de cette histoire. Le renversement à la fin du récit est à applaudir.

Un roman que j’ai prêté un grand nombre de fois et qui a enthousiasmé tous mes amis. Pourquoi pas vous aussi ?