Les sauts de ligne esthétiques : un non-sens absolu

Ouvrez un roman d’un éditeur national, et regardez une page, voyez-vous toutes les quelques phrases des sauts de ligne ? Je ne l’espère pas, ou alors c’est un bien étrange ouvrage que vous consultez là ! Les sauts de ligne sont normalement exceptionnels.

Or, on reçoit très régulièrement des textes avec des sauts de ligne dits « esthétiques ». Quézako ? C’est-à-dire que les auteurs utilisent des lignes sautées pour faire joli. Souvent, c’est dans le but honorable d’« aérer » le texte.

De très nombreux écrivains ajoutent aussi un saut de ligne esthétique avant et après un dialogue. Sans doute est-ce pour mieux mettre en évidence la discussion, car je ne vois pas d’autre explication… Dans ces cas-là, ils ajoutent même parfois une tabulation (c’est-à-dire un retrait du texte du dialogue avec un décalage vers la droite), quoique je soupçonne que cela est dû à une mise en page automatique de leurs logiciels.
Eh bien… Là, encore, perdez vite cette mauvaise habitude si vous l’avez !

Un « saut de ligne », ce n’est pas une technique de ventilation d’un texte. Si vous voulez que le texte soit plus agréable à l’œil, il faut que vous alliez dans les options de « Style » de votre « paragraphe » (« Modifier le Style » : option « paragraphe ») et que vous paramétriez les options d’« interlignes » (c’est-à-dire entre les lignes d’un même paragraphe) ou « espacement après » (c’est-à-dire entre deux paragraphes qui se suivent). Voici le véritable outil d’aération d’un texte.
Un « saut de ligne » est une entité qui a une réelle signification littéraire. Il marque un changement de point de vue, une avancée dans la ligne du temps, une modification de lieu, une ellipse.

Actuellement, avec la multiplication des formats numériques, nous lisons sur tablettes ou liseuses. Or, avec ces outils, vous n’avez pas le visuel des deux pages face à face. Cela fait que si un saut de ligne se situe en bas ou en haut de la page visualisée, vous pouvez très bien ne pas le remarquer. La lecture peut alors devenir compliquer et il peut en résulter un moment de flottement quand vous enchaînez sur le passage suivant sans comprendre qu’il y a eu césure.
Dans ce cadre-là, il devient de plus en plus essentiel de ne plus simplement sauter des lignes, mais de marquer ces transitions. L’astérisque prend là tout son sens. N’hésitez pas à y avoir recours.
Il est aussi à noter que certains logiciels de conversion en epub virent automatiquement tous « les blancs inutiles ». Vos fameuses lignes sautées risquent aussi de passer à la trappe lors de ce mécanisme, et tous vos changements de lieu/personnage/scène/temps ne seront plus mis en évidence. Là encore, songer au bienfait de l’astérisque.

Pensez aussi à votre cher éditeur, qui n’aura peut-être pas de super amis informaticiens pour lui concocter une petite « macro » qui retire automatiquement tous les sauts de ligne esthétiques (quitte à virer aussi ceux qui ont du sens…). Pensez à cette personne qui vous a fait confiance pour éditer votre texte et qui va devoir à la main effacer tous vos sauts inutiles. Pire : il risque de vous confier la tâche devant l’épaisseur de votre roman !

Prenez donc dès le départ de bonnes décisions ! Virez les sauts de ligne esthétiques !

Au total :
* S’abstenir de tout saut de ligne esthétique.
* Mon saut de ligne a-t-il une signification ? S’il marque une césure, je vais lui préférer un astérisque, sinon je l’annule purement et simplement.
* Si je veux aérer visuellement mon texte, j’ai recours à des options de « modification de style de paragraphe » pour jouer sur l’espacement avant et après chaque paragraphe, ou l’interligne à l’intérieur d’un même paragraphe.